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Le souffle vivant du Moulin de Sachas

Patrimoine vernaculaire de Villard : plan de sauvegarde
Histoire et Patrimoine

Patrimoine vernaculaire de Villard : plan de sauvegarde

La poutre porte une date: 1732. Cette inscription fixe un point de départ exploitable pour l’étude du Moulin de Sachas. Elle indique aussi une réalité souvent négligée dans les inventaires patrimoniaux: un bâtiment rural ne conserve pas seulement une forme.

Patrimoine vernaculaire de Villard: plan de sauvegarde

Il conserve une fonction, des adaptations et une chaîne technique.

Le Moulin de Sachas n’a pas été construit dès l’origine comme un simple moulin à céréales. Il a d’abord servi de pressoir, avant d’évoluer vers la mouture. Son activité a cessé vers 1945. En 2016, l’Association Raymond Jevodan a été créée pour éviter l’effondrement du bâtiment et restaurer sa machinerie. La sauvegarde du site repose donc sur deux opérations distinctes: stabiliser une architecture et remettre en cohérence un système mécanique.

C’est cette méthode qui donne son intérêt au plan de préservation du patrimoine vernaculaire de Villard-Saint-Pancrace. Recenser. Documenter. Acquérir les ouvrages hydrauliques et artisanaux nécessaires. Restaurer sans effacer les transformations. Financer les travaux avec une répartition claire des responsabilités.

Préserver un patrimoine dispersé, pas seulement un monument

L’inventaire du patrimoine vernaculaire ne se limite pas aux édifices protégés ou aux bâtiments les plus visibles. Il concerne les constructions et les équipements qui organisent un territoire: moulins, granges, greniers, canaux, ouvrages de captage, cadrans solaires, murs, fontaines et éléments de l’architecture rurale.

À Villard-Saint-Pancrace, la stratégie repose sur un partenariat entre la municipalité et les associations locales. Cette organisation répond à une contrainte simple: une commune peut identifier les sites, encadrer les travaux et mobiliser des financements, mais elle ne détient pas toujours la documentation technique ni la mémoire d’usage nécessaires à une restauration précise.

L’association apporte une capacité de suivi. Elle peut rassembler les documents, rechercher les anciennes fonctions, comparer les éléments conservés et maintenir une continuité entre les phases du chantier. Pour un ouvrage hydraulique, cette continuité est déterminante. Une roue, une meule ou un canal ne se restaure pas comme une façade. Il faut comprendre la relation entre les pièces.

Un inventaire utile doit donc produire plus qu’une liste de bâtiments. Pour chaque élément, il faut relever:

  • la localisation et l’implantation dans le relief;
  • la fonction d’origine et les fonctions ultérieures;
  • les matériaux visibles et les assemblages;
  • les arrivées et les évacuations d’eau lorsqu’il s’agit d’un ouvrage hydraulique;
  • l’état des pièces porteuses et des éléments mobiles;
  • les transformations identifiables;
  • les documents disponibles: plans, photographies, ouvrages techniques ou témoignages indirects;
  • le niveau d’urgence: risque d’effondrement, infiltration, perte de mécanisme ou disparition d’un élément décoratif.

Cette méthode évite une erreur fréquente. Classer un ancien moulin uniquement comme un bâtiment revient à supprimer la moitié de l’information. Le bâtiment contient la mécanique. La mécanique dépend de l’eau. L’eau impose une implantation, une pente, un canal et des dispositifs de régulation. La valeur patrimoniale se trouve dans cet ensemble.

Un moulin ne se sauvegarde pas en isolant ses murs. Il faut conserver le bâtiment, le circuit hydraulique et la logique de transmission.

Le Moulin de Sachas: établir la chronologie avant de restaurer

La date de 1732, gravée sur une poutre, constitue un repère documentaire majeur. Elle ne suffit pas à résumer toute l’histoire du moulin, mais elle permet de dater une phase de construction ou de transformation. Il faut ensuite confronter cette indication à la structure du bâtiment, aux matériaux et à la configuration du mécanisme.

Le premier usage connu est celui d’un pressoir. Le site a ensuite été utilisé comme moulin à céréales. Cette évolution modifie la lecture de l’édifice. Un pressoir et un moulin à meules ne sollicitent pas les mêmes points de charge. Les efforts transmis au bâtiment, les besoins en énergie et la disposition des équipements diffèrent.

Pour restaurer correctement le site, il faut donc distinguer trois niveaux:

1. Le bâtiment

Examiner les murs, les poutres, les ouvertures, les planchers et les zones exposées à l’humidité. Identifier les reprises et les matériaux remplacés.

2. Le circuit hydraulique

Suivre le trajet de l’eau depuis le canal du Ton jusqu’au dispositif moteur. Repérer les zones de captage, de guidage et d’évacuation. Vérifier la cohérence entre le débit disponible et la géométrie de la roue.

3. La transmission mécanique

Relever les arbres, les palettes, les meules et les pièces de liaison. Déterminer quelles pièces sont d’origine, lesquelles ont été remplacées et lesquelles nécessitent une restitution.

Cette séparation n’est pas administrative. Elle permet d’éviter les restaurations incohérentes. Remplacer une poutre sans examiner la charge transmise par l’arbre peut déplacer un désordre. Reconstituer une roue sans vérifier l’alimentation en eau produit un élément visuellement convaincant mais techniquement inutilisable.

Le moulin a cessé d’être exploité vers 1945. Cette interruption explique la perte progressive des réglages, l’usure des matériaux et la fragilisation des assemblages. Une machine arrêtée ne reste pas dans l’état exact de son dernier jour de fonctionnement. Le bois travaille. Le métal s’oxyde. Les supports prennent l’humidité. Les pièces mobiles se bloquent. Les canaux se colmatent.

La restauration doit donc documenter l’état présent avant toute remise en mouvement. Il faut conserver les traces de l’arrêt tout en sécurisant les éléments indispensables à la compréhension du mécanisme.

Lire les transformations sans les effacer

Le passage du pressoir au moulin à céréales fait partie de l’histoire du Moulin de Sachas. Il ne faut pas chercher à ramener le bâtiment à une seule date idéale. Cette pratique conduirait à supprimer les adaptations successives qui donnent au site sa valeur historique.

Une restauration précise distingue:

  • les éléments structurels nécessaires à la stabilité;
  • les pièces mécaniques nécessaires à la compréhension du fonctionnement;
  • les ajouts qui témoignent d’une transformation;
  • les restitutions hypothétiques, qui doivent rester identifiables comme telles.

Cette distinction est particulièrement importante pour l’architecture vernaculaire du Briançonnais. Les bâtiments ruraux sont rarement des objets figés. Ils répondent à des contraintes locales: pente, climat, disponibilité du bois, circulation de l’eau, stockage, production et entretien. Une modification peut être moins ancienne qu’un mur, mais elle n’est pas pour autant sans intérêt.

La mécanique de Sachas: deux meules, deux solutions de transmission

Le mécanisme du Moulin de Sachas comporte deux meules distinctes. Cette configuration indique une capacité de production organisée autour de deux ensembles de mouture. Elle impose aussi une lecture détaillée des arbres et des transmissions.

La première meule est associée à un arbre métallique. La seconde fonctionne avec un arbre en bois comprenant 20 palettes. Ces deux solutions ne présentent pas les mêmes caractéristiques mécaniques.

L’arbre métallique offre une meilleure résistance à certaines sollicitations et une stabilité dimensionnelle supérieure au bois. Il reste cependant exposé à la corrosion, aux défauts d’alignement et à l’usure des paliers. L’arbre en bois absorbe davantage les variations d’humidité. Il peut présenter des déformations, des fissures ou une usure localisée autour des assemblages. Ses vingt palettes constituent autant de points à examiner.

ÉlémentFonctionPoints techniques à examiner
Arbre métalliqueTransmettre le couple vers une meuleAlignement, corrosion, portée dans les paliers, état des liaisons
Arbre en boisTransmettre l’énergie hydraulique avec 20 palettesFissuration, humidité, fixation des palettes, déformation
Meule couranteRecevoir le mouvement et participer à la moutureÉquilibrage, surface active, réglage de l’écartement
Canal du TonAcheminer l’eau vers le dispositif moteurDébit, continuité du courant, dépôts, fuites et obstruction
Supports et paliersMaintenir les arbres dans leur axeUsure, jeu mécanique, humidité et stabilité des appuis

La meule courante doit rester correctement positionnée par rapport à la meule dormante. Un écartement trop faible augmente le risque de contact et d’échauffement. Un écartement trop important dégrade la qualité de la mouture. Dans les deux cas, la cause peut se trouver ailleurs: arbre désaxé, palier usé, support déformé ou transmission irrégulière.

La restauration mécanique ne consiste donc pas à remettre des pièces en place. Il faut retrouver une géométrie fonctionnelle. Mesurer les axes. Contrôler les jeux. Vérifier les surfaces d’appui. Identifier les pièces qui travaillent en compression, en flexion ou en torsion. Déterminer les éléments qui doivent être conservés et ceux qui doivent être remplacés pour garantir la sécurité.

L’eau comme énergie: le rôle du canal du Ton

L’alimentation du Moulin de Sachas s’effectue grâce à la force du courant captée par le canal du Ton. Le canal ne constitue pas un simple décor associé au moulin. Il est une partie active du système.

Le rendement dépend de plusieurs paramètres:

  • la quantité d’eau réellement disponible;
  • la continuité du courant;
  • la hauteur utile entre l’arrivée et l’évacuation;
  • la forme du canal et les pertes par frottement;
  • la position de la roue ou du dispositif moteur;
  • l’état des palettes et des organes de transmission.

Un débit élevé ne suffit pas à garantir un fonctionnement correct. Si l’eau arrive avec une vitesse mal orientée, une partie de l’énergie cinétique est perdue. Si le canal fuit, la puissance disponible diminue. Si les palettes sont déformées, le couple transmis devient irrégulier. La machine peut alors tourner sans produire une mouture stable.

Il faut aussi éviter une lecture trop simplifiée du terme « hydraulique ». L’eau ne fait pas tout. Elle fournit une énergie disponible. Le mécanisme doit la convertir en rotation, puis transmettre cette rotation aux meules. Chaque étape ajoute des pertes. L’état des paliers, la qualité de l’alignement et la masse des pièces en mouvement influencent directement le résultat.

Dans un site patrimonial, l’objectif n’est pas nécessairement de rechercher une performance industrielle. Il est de rendre lisible la chaîne de fonctionnement, de sécuriser la machine et, lorsque les conditions le permettent, de présenter un mouvement maîtrisé. La démonstration doit rester compatible avec la conservation du bois, du métal et des maçonneries.

Restaurer sans surdimensionner

Une pièce moderne trop puissante peut dénaturer le mécanisme ancien. Un remplacement doit respecter la capacité des supports existants. Il faut éviter d’introduire un couple supérieur à celui que les arbres, les paliers et les assemblages peuvent absorber.

La règle est simple:

1. Relever les dimensions conservées.

2. Identifier les charges et les efforts transmis.

3. Mesurer les jeux et les déformations.

4. Remplacer uniquement les pièces dont la perte compromet la stabilité ou la compréhension.

5. Régler progressivement le mécanisme.

6. Observer les vibrations, les bruits anormaux et l’échauffement.

7. Documenter chaque intervention.

Le vocabulaire du chantier doit rester précis. Une pièce n’est pas « vieille » de manière générale. Elle est fissurée, déformée, corrodée, désaxée, sous-dimensionnée ou usée. Cette précision facilite les décisions et limite les remplacements inutiles.

Une restauration financée par plusieurs acteurs

La restauration du bâtiment du Moulin de Sachas a bénéficié de financements de l’État et de la Région SUD-PACA à hauteur de 70 % du coût estimé. Cette donnée modifie la manière de concevoir le projet. La sauvegarde n’est pas portée par un seul financeur. Elle repose sur une gouvernance partagée.

La municipalité conserve un rôle central pour le cadre administratif, la coordination et la mise en cohérence avec le plan communal de préservation. Les associations locales apportent un suivi de terrain, une capacité de mobilisation et une connaissance fine des usages. Les partenaires publics rendent possibles des travaux qui dépassent souvent les ressources ordinaires d’une petite commune.

Il faut séparer deux notions: le financement et la conduite technique. Obtenir une aide ne remplace pas un diagnostic. Une enveloppe budgétaire ne définit ni les priorités ni les matériaux. Le financement doit accompagner une programmation précise:

  • sécuriser les zones présentant un risque immédiat;
  • traiter les infiltrations et les désordres structurels;
  • préserver les éléments mécaniques encore lisibles;
  • restaurer le canal et les dispositifs hydrauliques;
  • organiser l’accès du public;
  • documenter les travaux pour les interventions futures.

Cette hiérarchie réduit le risque de concentrer les moyens sur les parties visibles au détriment des éléments fonctionnels. Une façade restaurée ne compense pas un canal abandonné. Une meule exposée dans une salle ne permet pas, à elle seule, de comprendre la transmission. La cohérence d’ensemble doit rester la priorité.

Le rôle de l’Association Raymond Jevodan

L’Association Raymond Jevodan, créée en 2016, a pour objectif d’éviter l’effondrement du moulin de Sachas et de restaurer sa machinerie. Sa création marque une étape décisive: le site passe d’une situation de dégradation à une démarche organisée de sauvegarde.

Pour une association patrimoniale, le travail ne s’arrête pas au chantier. Il faut:

  • rechercher et classer la documentation;
  • suivre l’état des éléments restaurés;
  • transmettre les informations aux visiteurs;
  • participer à l’inventaire du patrimoine local;
  • maintenir le lien entre spécialistes, habitants et institutions;
  • éviter que les choix techniques disparaissent avec les intervenants.

La documentation est une pièce de maintenance. Elle doit préciser la nature des matériaux, les traitements effectués, les pièces remplacées, les réglages retenus et les zones qui restent fragiles. Sans ce suivi, chaque intervention recommence à zéro.

Le financement public à hauteur de 70 % montre aussi la nécessité d’une présentation claire du projet. Pour obtenir et maintenir des soutiens, il faut démontrer que le bâtiment possède une valeur historique, que la mécanique est documentée et que les travaux répondent à un plan. Le patrimoine rural ne se défend pas par la seule ancienneté. Il se défend par des preuves, une méthode et un usage collectif.

Le financement rend les travaux possibles. L’inventaire détermine leur ordre. La documentation garantit leur continuité.

Construire un inventaire réellement exploitable

Le mot « inventaire » peut désigner une opération très légère ou un outil de pilotage complet. Pour le patrimoine vernaculaire de Villard-Saint-Pancrace, l’enjeu est de produire un recensement utilisable dans le temps.

Un inventaire efficace doit permettre de répondre à quatre questions:

  • Qu’est-ce qui existe encore?
  • Quelle fonction remplissait chaque élément?
  • Dans quel état se trouve-t-il?
  • Quelle intervention est techniquement justifiée?

Le recensement du petit patrimoine ne doit pas privilégier uniquement les objets faciles à photographier. Un cadran solaire, une fontaine ou une grange possède une valeur visible. Un canal enterré, un mur de soutènement ou un ancien dispositif de captage peut sembler secondaire, alors qu’il explique l’implantation d’un bâtiment et son fonctionnement.

Le cas du Moulin de Sachas fournit une méthode transposable aux autres sites:

1. Relever l’implantation

Positionner le bâtiment par rapport au relief, aux cours d’eau, aux chemins et aux parcelles. L’architecture vernaculaire n’est pas indépendante du terrain. Une grange, un grenier ou un moulin répond à une logique d’accès, de stockage et d’écoulement.

2. Identifier la fonction

Ne pas déduire l’usage à partir de la seule apparence. Le Moulin de Sachas a commencé comme pressoir avant de devenir un moulin à céréales. Cette donnée suffit à montrer pourquoi la fonction doit être recherchée avant d’être attribuée.

3. Décrire la matière

Distinguer les maçonneries, les poutres, les planchers, les pièces métalliques, les pierres de meule et les éléments hydrauliques. Décrire les altérations avec un vocabulaire technique: humidité, érosion, fissuration, corrosion, déplacement, perte de section.

4. Classer l’urgence

Une pièce décorative altérée et une poutre porteuse fissurée ne relèvent pas du même calendrier. Il faut classer les risques, puis affecter les moyens disponibles.

5. Organiser la transmission

Archiver les relevés, les photographies, les plans et les décisions de chantier. L’inventaire doit rester lisible pour une personne qui n’a pas participé à la première restauration.

Cette méthode concerne aussi les anciens greniers alpins, les dépendances agricoles et les petits ouvrages liés à l’eau. Elle évite de transformer la sauvegarde en collection d’objets isolés.

Relier le moulin à l’ensemble du patrimoine briançonnais

Le Moulin de Sachas prend son sens dans un territoire plus large. Il appartient à l’histoire de la meunerie alpine, mais aussi à un réseau de constructions rurales et d’équipements adaptés aux contraintes du Briançonnais.

L’altitude, la pente, les périodes de gel et la disponibilité variable de l’eau imposent des choix techniques. Les matériaux doivent supporter des écarts de température. Les canaux doivent rester entretenables. Les bâtiments doivent organiser les charges, le stockage et la circulation. La sauvegarde du patrimoine rural des Hautes-Alpes doit tenir compte de ces contraintes au lieu de copier des modèles conçus pour d’autres régions.

L’église de Saint-Pancrace conserve par exemple un cadran solaire peint sur enduit, daté de 1821, avec la devise latine Vulnerant omnes ultima necat. Cet élément n’a pas la même fonction que le moulin. Il ne relève pas de la même mécanique. Mais il appartient à la même démarche d’inventaire: dater, localiser, décrire, stabiliser et transmettre.

Le patrimoine vernaculaire forme un système de repères. Un moulin renseigne sur l’énergie et la production. Une grange renseigne sur le stockage. Un canal renseigne sur la maîtrise de l’eau. Un cadran solaire renseigne sur les pratiques de mesure du temps et sur la culture visuelle locale. Les séparer complètement réduit leur portée.

Cette approche donne aussi une cohérence aux visites. Le public ne découvre pas seulement une machine ancienne. Il comprend pourquoi elle se trouve à cet endroit, comment l’eau l’alimentait, quelle production elle servait et pourquoi son arrêt a entraîné une perte progressive de savoir-faire.

Faire du site restauré un outil de compréhension

La restauration du Moulin de Sachas ne doit pas produire un décor figé. Elle doit rendre les relations techniques compréhensibles. Montrer les deux meules. Identifier l’arbre métallique. Expliquer l’arbre en bois et ses vingt palettes. Suivre le trajet de l’eau depuis le canal du Ton. Distinguer les éléments conservés des restitutions.

Une visite guidée efficace peut s’appuyer sur une progression simple:

1. Lire le bâtiment: repérer les niveaux, les accès et les zones de travail.

2. Reconstituer la chronologie: partir de la date gravée de 1732 et expliquer le passage du pressoir au moulin à céréales.

3. Suivre l’eau: montrer le canal, le captage et le dispositif moteur.

4. Décomposer la transmission: relier la rotation de l’arbre au mouvement des meules.

5. Observer les matériaux: comparer le bois, le métal et la pierre.

6. Expliquer l’arrêt: situer la fin d’exploitation vers 1945 et les conséquences d’un abandon prolongé.

7. Présenter la sauvegarde: expliquer le rôle de l’Association Raymond Jevodan, de la municipalité et des financeurs publics.

Cette structure donne au visiteur des points d’appui concrets. Elle évite les formules générales sur le patrimoine et permet de comprendre les choix de restauration.

L’objectif n’est pas de faire fonctionner la machine à tout prix. Il faut préserver la sécurité, la lisibilité et l’authenticité des éléments. Une démonstration limitée mais correctement expliquée vaut mieux qu’une mise en mouvement répétée qui accélère l’usure des arbres, des paliers ou des meules.

Une méthode applicable aux autres bâtiments ruraux

Le plan de sauvegarde du patrimoine vernaculaire de Villard-Saint-Pancrace peut servir de référence pour les autres éléments du territoire. La méthode ne dépend pas uniquement de la présence d’une machine spectaculaire. Elle repose sur l’identification des fonctions et des relations entre les bâtiments.

Pour chaque site, il faut établir une fiche technique comprenant:

  • l’identification du bâtiment ou de l’ouvrage;
  • la date connue ou estimée;
  • la fonction initiale;
  • les transformations documentées;
  • les matériaux dominants;
  • les éléments hydrauliques ou mécaniques;
  • les désordres visibles;
  • la priorité d’intervention;
  • les partenaires mobilisables;
  • les documents conservés après travaux.

Il faut ensuite réunir les compétences adaptées. Un maçon du bâti ancien n’intervient pas sur un arbre de transmission avec les mêmes critères qu’un spécialiste de mécanique des moulins. Un restaurateur d’enduit ne traite pas un cadran solaire comme une simple surface peinte. Chaque élément exige un diagnostic proportionné à sa fonction.

La sauvegarde des anciens greniers alpins obéit à la même logique. Il faut comprendre la ventilation, les charges, les accès, les modes de stockage et les effets de l’humidité avant de remplacer une pièce ou de modifier une ouverture. La conservation ne consiste pas à appliquer un matériau neuf sur un support ancien. Elle consiste à maintenir un fonctionnement compatible avec la structure.

Le point de décision: conserver, remplacer ou restituer

Toute restauration patrimoniale rencontre la même difficulté: une pièce est détériorée, mais elle porte une information. La remplacer peut sécuriser l’ensemble. La conserver peut maintenir une trace historique. La restituer peut rendre le fonctionnement compréhensible. Il faut décider sans confondre ces objectifs.

Une règle opérationnelle permet de cadrer le choix:

  • Conserver lorsque la pièce reste stable et lisible.
  • Consolider lorsque son état est fragile mais que sa conservation apporte une information importante.
  • Remplacer lorsque sa dégradation compromet la sécurité ou le fonctionnement.
  • Restituer lorsque l’absence d’un élément empêche de comprendre le mécanisme, à condition de distinguer clairement l’ajout.
  • Documenter dans tous les cas, y compris lorsque l’intervention ne paraît pas visible.

Pour le Moulin de Sachas, cette logique s’applique directement aux arbres, aux palettes, aux meules et aux supports. Elle s’applique aussi au canal du Ton. Une obstruction ou une fuite peut sembler mineure à l’échelle d’une maçonnerie, mais elle modifie le débit et donc toute la chaîne énergétique.

La précision du diagnostic évite deux excès opposés. Le premier consiste à figer le site sans lui rendre sa cohérence technique. Le second consiste à reconstruire une machine neuve sous une apparence ancienne. Entre les deux, il existe une restauration documentée, lisible et proportionnée.

Conclusion: inventorier pour décider, restaurer pour transmettre

L’inventaire patrimoine vernaculaire de Villard-Saint-Pancrace ne doit pas être compris comme une opération de classement supplémentaire. Il constitue un outil de décision. Il permet de repérer les bâtiments, de hiérarchiser les urgences et de relier les ouvrages à leur fonction.

Le Moulin de Sachas en fournit l’exemple le plus précis. Une date gravée en 1732. Un premier usage comme pressoir. Une évolution vers la mouture des céréales. Deux meules. Un arbre métallique. Un arbre en bois équipé de vingt palettes. Une alimentation par le canal du Ton. Une activité arrêtée vers 1945. Une association créée en 2016 pour éviter l’effondrement et restaurer la machinerie. Un financement public couvrant 70 % du coût estimé du bâtiment.

Ces données ne sont pas des détails annexes. Elles forment le dossier technique du site. Les conserver permet de restaurer sans simplifier, de visiter sans déformer et de transmettre sans remplacer l’histoire par une reconstitution approximative.

La stratégie est donc claire: recenser l’ensemble, mesurer l’état réel, traiter les risques, préserver les mécanismes et expliquer les fonctions. Le patrimoine rural des Hautes-Alpes ne demande pas un discours plus abondant. Il demande des relevés exacts, des interventions maîtrisées et une continuité entre les acteurs.

Questions fréquentes

Quelle est l’histoire du Moulin de Sachas ?
Le Moulin de Sachas a d’abord été utilisé comme pressoir avant d’évoluer vers la mouture des céréales. Une date gravée de 1732 constitue un repère documentaire important, tandis que l’exploitation du site a cessé vers 1945.
Comment fonctionne la mécanique du Moulin de Sachas ?
Le mécanisme comporte deux meules distinctes. La première est associée à un arbre métallique et la seconde à un arbre en bois équipé de 20 palettes, l’énergie étant fournie par le courant capté dans le canal du Ton.
Quel est le rôle du canal du Ton dans le fonctionnement du moulin ?
Le canal du Ton achemine l’eau vers le dispositif moteur et fournit l’énergie hydraulique nécessaire à la rotation. Son débit, sa continuité, sa hauteur utile, son état et l’orientation de l’eau influencent le fonctionnement de la machine.
Quand l’Association Raymond Jevodan a-t-elle été créée et pourquoi ?
L’Association Raymond Jevodan a été créée en 2016 pour éviter l’effondrement du Moulin de Sachas et restaurer sa machinerie. Elle assure notamment un travail de suivi, de documentation et de transmission.
Comment la restauration du bâtiment du Moulin de Sachas a-t-elle été financée ?
La restauration du bâtiment a bénéficié de financements de l’État et de la Région SUD-PACA à hauteur de 70 % du coût estimé. Le projet repose aussi sur une répartition des responsabilités entre la municipalité, les associations locales et les partenaires publics.